Gilets jaunes

28 novembre 2018
Nous sommes en plein dans la crise des 'gilets jaunes' et tout le monde y va de son commentaire, ce que je trouve sain. Tant mieux si cela interpelle plus de citoyens que d'habitude, tant mieux si cela amène des expressions nouvelles par des personnes nouvelles, tant mieux si cela amène les groupes traditionnels à se remettre en cause et à aborder autrement les questions politiques, économiques, sociales, environnementales, culturelles...,à penser tout simplement alors qu'ils n'y étaient plus habitués. Je crois qu'il faut tout entendre, qu'il ne faut se fixer aucun interdit, refuser aucun éclairage, ne plus rien juger au nom d'une orthodoxie ancienne ou de l'échelle des valeurs que paresseusement nous nous sommes laissés imposer. Car dans ce mouvement des gilets jaunes, c'est tout cela qui est contesté. Décréter qu'il n'est pas légitime à le faire c'est tout simplement s'incruster dans le déni à la manière Macron et Philippe. Mais il ne faut pas non plus tomber dans le piège de la table rase, notre société est construite sur des valeurs fortes, celles de la République et, ce n'est pas parce qu'on en a aujourd'hui une représentation dévoyée qu'on doit pour autant s'en détourner. Il faut simplement que ces valeurs soient réappropriés par leur véritable propriétaire, le peuple citoyen, trouvent leur expression et soient réhabilitées par la pratique d'une démocratie directe, vivante et permanente. L'échec évident de la démocratie élective nous en fait l'obligation, la mobilisation populaire nous en donne envie et opportunité alors que les techniques modernes de communication nous en donnent les moyens.
Ce qui pour moi doit avoir un caractère révolutionnaire c'est la démarche de tolérance et d'universalisme dans laquelle il faut s'immerger ; nous ne réussirons pas les uns contre les autres ni même les uns sans les autres. Encore une fois dans notre histoire, nous avons l'opportunité de tracer un horizon nouveau, n'ayons pas peur de cette ambition, celle de construire les conditions d'une vie après la toute puissance de l'argent car c'est la seule alternative si on ne veut pas que le délire productiviste, dont les effets immédiats sont aujourd'hui la cause de la mobilisation des gilets jaunes, ne nous conduise inexorablement à rendre notre planète impropre à toute forme de vie, en tout cas celle de l'ecosystème que nous connaissons.

Sur ce thème on peut s'interroger sur ce que le conseil de développement pourrait initier dans le cadre actuel. Oui les citoyens doivent s'emparer du problème. Le déficit de démocratie que l'on n'arrête pas de fustiger est bien une des causes de ce qui se passe actuellement. A force de se voir refuser tout accès à la prise de décision en dehors des épisodes électoraux, un moment arrive où 'les gens', comme dirait Mélenchon, décident de se faire entendre coûte que coûte, mais plus dans le cadre habituel. Ils en viennent à refuser de voter même quand on leur en donne la possibilité. Ils refusent toute forme de délégation et même les initiatives prises en ce sens par certains d'entre eux, sont immédiatement contestées, tout porte parole, quel que soit son mode de désignation, est suspect. Habitués à s'exprimer individuellement et librement sur les réseaux sociaux ils veulent utiliser le même modèle dans la gestion de la cité et de la vie quotidienne. Notre Présimonarque a pris la parole du haut de sa suffisance, derrière un pupitre frappé de ses armes, sur les média qui ne demandaient que ça, mais il a parlé dans le vide, il ne s'est pas adressé à nous mais uniquement à ce qui est devenu une classe privilégiée des analystes officiels qui vont pouvoir disserter doctement (et de plus en plus ridiculement) dans toutes ces émissions inutiles car formatées en faux débats qui fleurissent sur nos écrans que l'on a appelé cathodiques.

Mais il n'est pas le seul à procéder ainsi, il y a maintenant un nombre incalculable d'élus qui s'adressent aux citoyens derrière ce pupitre emblématique et protecteur à l'image du lutrin d'où l'on proclamait la Bonne Parole.
Le message est clair. Il est bien loin de celui que portait Jaurès du haut d'une estrade en contact direct avec son auditoire qui relayait son discours jusqu'aux plus éloignés . Nous avons changé de paradigme, la parole n'est plus vivante, pour nos élites la parole doit être délivrée.

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